
Ce mardi 27 octobre a marqué le 40ème anniversaire de la première rencontre interreligieuse d’Assise, journée mondiale de prière pour la paix à l’initiative de Jean-Paul II tenue le 27 octobre 1986. « La paix, là où elle existe, est toujours extrêmement fragile » disait Jean-Paul II. « Elle est menacée de tant de façons et par des conséquences si imprévisibles que nous devons nous efforcer de lui assurer des fondements solides. Sans nier en aucune manière la nécessité des nombreuses ressources humaines qui préservent et renforcent la paix, nous sommes ici parce que nous sommes convaincus que, par-delà toutes ces mesures, nous avons besoin de la prière — une prière intense, humble et confiante — si nous voulons que le monde devienne enfin un lieu de paix véritable et durable. »
Plus que jamais, l’actualité semble une cascade tumultueuse et illisible à bien des égards. Comment ne pas se laisser submerger, accablé par une « fatigue informationnelle » croissante ? Comment discerner, dans ce flot, quelques éclats d’espérance pour nous aider à trouver notre chemin aussi bien personnel que collectif ? « L’événement sera notre maître intérieur » méditait le philosophe chrétien Emmanuel Mounier (1905-1950). Ce 27 octobre, nous invite donc à nous arrêter, à regarder autrement ce qui advient. Non par irénisme pour ignorer les drames en cours, mais pour reconnaître ce qui demeure capable de nous éclairer au milieu des tensions et des fractures, afin de nous relier, pour bâtir ensemble.
Il y a un mois la visite de Léon XIV en France a donné lieu à une impressionnante mobilisation populaire, à Paris comme à Saint-Denis. Au-delà de leur dimension catholique, ces journées sereines et joyeuses ont manifesté une aspiration remarquée à la quête de sens partagée, à la communion. Parallèlement, le vaste mouvement lycéen puis étudiant et sa répression débouchaient, quelques jours plus tard, sur des affrontements et des destructions matérielles. Deux images radicalement contraires dont le contraste n’a pas échappé aux commentateurs, certains n’hésitant pas opposer une « bonne France », paisible, ordonnée et fidèle à ses valeurs traditionnelles, à une France vacillante et menaçante, minée par des subversions « lslamo-gauchistes » et les hordes de pillards sans foi ni loi. Le récit manichéen dont le simplisme redoutable semble efficace, ignore cependant la complexité du réel.
Face à de telles caricatures, un aspect important de la récente visite papale s’avère des plus éclairants, à tous les sens de ce terme. Durant tout le parcours français de Léon XIV, les principaux cultes présents en France ont été associés de près aux célébrations, qui ont culminé avec l’Appel de Metz, co-signé le 28 septembre. Appel à « la paix, à la non-violence, au souci de l’autre » face au « poison du totalitarisme », ce texte souligne tout ce qui rapproche les grandes traditions de sagesse, qui convergent sans syncrétisme sur l’essentiel : tenter d’humaniser nos sociétés, et prendre soin de notre planète en feu : un feu attisé par la multiplication des replis identitaires, des violences, par l’affaiblissement des démocraties, du droit international et de l’Etat de droit, par l’exacerbation des inégalités et des injustices, sur fond d’effondrement écologique. Que des responsables catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans et bouddhistes choisissent de porter ensemble une parole commune, quoi de plus précieux dans un débat public de moins en moins digne de ce nom ? Dans notre société française, où le fait religieux est si souvent appréhendé à travers le prisme des oppositions et des enfermements, cette initiative donne à voir une autre réalité : des croyants en quête du Bien commun, capables de se rencontrer, de se faire confiance, et de s’engager ensemble sans renoncer à leurs singularités. Voilà un premier signe qu’une autre manière d’habiter nos différences est possible. Ce rassemblement des religions de France autour du pape Léon résonne bien sûr de façon frappante avec le 40e anniversaire de la rencontre d’Assise. « L’esprit d’Assise » est né pour ne jamais disparaître. Il procède d’une inspiration dont le souffle se poursuit, invitant à créer des lieux où les différences se rencontrent, où les conflits peuvent être nommés sans devenir des fatalités, et où la paix devient une responsabilité partagée. Assise est une invitation adressée aux religions, à montrer leur meilleur visage. Une pertinence que l’attaque raciste à Trappes (78), ce vendredi 23 octobre vient de souligner tragiquement. De quoi montrer combien les violences appellent les violences et combien la paix se nourrit d’espérance et de confiance.
Nous avons besoin de temps pour comprendre, de repères pour hiérarchiser, de lieux pour confronter les avis en résistant aux oppositions binaires. L’espérance ne connaît ni l’angélisme ni le catastrophisme. Les autres possèdent toujours une part de la solution à nos problèmes communs. « Nos traditions religieuses sont diverses. Mais la différence n’est pas pour nous un motif de conflit, de polémique ou de froide distance » disait le Pape François à l’occasion du 30ème anniversaire d’Assise. « Sans syncrétisme et sans relativisme, nous avons prié les uns à côté des autres, les uns pour les autres. Saint Jean-Paul II, en ce même lieu, a dit : « Peut-être que jamais comme maintenant dans l’histoire de l’humanité, le lien intrinsèque qui unit une attitude religieuse authentique et le grand bien de la paix est devenu évident pour tous » (…) Ne nous lassons pas de répéter que jamais le nom de Dieu ne peut justifier la violence. Seule la paix est sainte. (…) Paix signifie accueil, disponibilité au dialogue, dépassement des fermetures, qui ne sont pas des stratégies de sécurité, mais des ponts sur le vide. »
L’actualité nous invite à soutenir avec audace l’espérance d’Assise, et à faire notre l’appel de Jean-Paul II à devenir des artisans d’unité : « la paix est un chantier ouvert à tous et pas seulement aux spécialistes, aux savants et aux stratèges. La paix est une responsabilité universelle ».









